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Snakee (de P2R Prod)

dimanche 8 juin 2008 par octavener

1°) Bonjour Snakee, pour commencer présente toi, et pour ceux qui
connaissent pas qu’est-ce que c’est P2R Prod ?

Je suis rappeur et producteur du groupe de rap P2R Prod de Dax. Je suis activiste dans le mouvement hip hop depuis 2002, du graph,du tag puis le rap. Avant P2R j’étais dans un autre groupe, le Creative Town Crew, basé sur Pau. Le P2R, Puissance Rage Révolution, c’est un collectif hip hop qui a évolué en groupe de rap au fil du temps et qui rassemble avant tout des potes ayant une certaine vision underground et militante du rap, du hip hop et plus largement de la musique.

2°) Tu viens de sortir ton album Je veux de l’air, pourquoi un album solo,besoin d’exprimer des choses plus personnelles, envie de créer sans lescontraintes que peut avoir un travail en groupe ?

En fait mon projet solo est plus une street-tape qu’un album. Une street-tape est de base un produit plus brut, moins finalisé qu’un album. C’est le support idéal pour s’exprimer sans passer des mois à la création. J’ai entrepris ce projet parcequ’on n’avait pas de scènes avec P2R, qu’on était dans une période de transition. J’avais en plus des tonnes de choses à dire comme tout bon rappeur qui assiste à la mascarade quotidienne de notre société. J’avais aussi envi de faire des morceaux
plus personnels. En fait cette street-tape est le résultat de plusieurs facteurs, elle devait se faire à ce moment, mektoub !

3°) Ton album est dispo en téléchargement gratuit, et son prix à la vente est nettement plus bas que Il était une fois dans l’underground est-ce une méthode de distribution qui correspond mieux à ta vision personnelle de la musique ? Qu’en sera-t-il des prochaines productions de P2R ?

Pour le prix, comme j’ai dit avant, c’est une street-tape. Moins de temps sur les productions, moins de coût pour la fabrication, donc moins cher que le premier skeud de P2R. Après moi comme le P2R on a une certaine éthique, une mentalité "underground", on fait du son, le but c’est qu’il soit le plus diffusé, tous les moyens sont bons. Pour les prochaines productions de P2R on fonctionnera pareil. Quelque soit le projet, le prix de vente sera toujours moins cher que dans la distribution traditionnelle.

4°) Côté texte, même si on retrouve des thèmes en commun avec P2R Prod comme la marchandisation du rap, ou des petits clins d’oeil comme "que tous les porcs couinent" on peut dire qu’en solo tu n’y vas pas avec le dos de la cuillère, les textes sont plus rentres dedans, plus crus. As-tu profité de la liberté que t’offrait le travail en solo pour exprimer des idées que tu avais déjà mais de manière plus directe ou est-ce que je veux de l’air marque une évolution dans ta réflexion et ta manière de l’exprimer ?

Je veux de l’air marque une évolution c’est clair ! Et pas que pour moi, mais pour tout le crew, les gens peuvent le voir sur scène ou le verront avec les prochains skeuds de P2R. Dans nos têtes, on prend confiance et de l’expérience, on ose plus, on ne s’impose plus aucune limite. On vit dans une société ou la langue de bois et le politiquement correct deviennent un mode de vie, ou les gens se voilent de plus en plus la face, ou la liberté d’expression est mise à mal. Nous avons envi d’être constemment à contre courant, au risque parfois de choquer avec certains textes, mais c’est un mal pour un bien.

5°) Sur ton album on trouve sur 4 morceaux des interventions d’autres
membres de P2R Prod (Alter-philo, Yoz, et Loombric) comment s’est
déroulé le processus de création pour ces morceaux ? Ont-ils joué le rôle
d’interprètes et adapté tes idées à leur sauce ou ont ils exploité une
réelle liberté de création ?

Moi je donne le thème, après chacun l’exploite à sa sauce. Je n’impose rien, je veux que ces interventions apportent quelque chose à la street-tape, donc que les collègues soit eux-même à cent pour cent. Ces featurings sont la pour "casser" un peu ma présence et pour montrer que le crew est toujours présent !

6°) Quelles sont tes attentes vis a vis de ton album, dont l’argent semble
être le dernier des objectifs, élargir ton public ? Convaincre un label ?
Prouver une bonne fois pour toutes que la musique peut se passer d’agents économiques pour être diffusée ?

L’argent n’est pas l’objectif, sinon ils ne serait pas à 3 euros ni gratos sur le net c’est clair ! Après ce skeud sert à faire tourner le nom, à confirmer mes idées et ma vision du hip hop, c’est aussi le début d’un nouveau cycle chez P2R, plus en phase avec notre quotidien. J’attends aussi grâce au téléchargement sur le net que notre son traverse un peu plus la France. Je veux de l’air permet en plus d’agrandir mon registre de morceaux pour la scène. Puis voilà, la musique existait avant toutes
ces conneries d’économie de marché, de majors, de radios mieleuses sans aucune démarche artistique et objective. Ma street tape est une démarche artistique, on aime ou on aime pas mais au moins le produit existe, est diffusable et je contrôle tout de A à Z. Certains guignols du star-system n’ont pas cette chance là ...

7°) Puisqu’on parle des moyens de diffusion alternatifs aux maisons de disques, nous sommes de plus en plus nombreux à utiliser internet comme moyen de diffusion autonome, en distribuant - gratuitement ou non - musiques et autres biens culturels, de manière tout ce qu’il y a de plus légale, parallèlement à ça, internet est largement utilisé pour obtenir illégalement des oeuvres d’artistes diffusés via des médias plus traditionnels, et bien sur, ces derniers s’insurgent et crient au voleur.
Quel est ton point de vue en tant qu’artiste et en tant que consomateur de musique sur cette situation ?

Moi je ne vais pas critiquer ceux qui téléchargent, surtout que chez P2R on prépare un morceaux qui s’appelle "Dinero Gratis" ! Non, les maisons de disques ou les médias n’ont qu’à bien se tenir ! Nous on vend pas cher, ils n’ont qu’à faire la même chose et moins se gaver sur le dos de la culture et de la musique. A un moment donner on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, autrement dit l’argent et le contrôle total de tous les médias ! On sait bien qu’un jour ils vont arriver à faire plier les "pirates" du net avec de nouvelles lois, à faire de la toile un univers ultra-sécurisé et aux mains de grosses firmes. Donc téléchargement illégal ou pas, ça ne change pas grand chose pour les groupes comme nous, ça concerne plutôt une minorité dans le monde de la musique. Puis dans l’underground on est sous-terre, si au dessus ça s’écroule nous on ne risque rien !

> 8°) Parlons un peu de ton groupe, qui s’est récement agrandi en
accueillant deux nouveaux membres : un DJ et plus surprenant dans un
groupe de rap, un guitariste. Comment et pourquoi en êtes vous arrivés à
faire ce choix ? L’arrivée d’un guitariste serait-elle là pour diriger P2R
Prod vers des sonorités plus punk/metal ?

Le guitariste c’est parcequ’on kiff ce son gras punk/métal ouai ! Et puis ça sert à rien de s’enfermer dans un seul genre de rap. Le rap c’est un mélange, la guitare donne du poids, Swich notre grateux est ouvert, ça serait débile de s’en priver. Sur scène les morceaux avec guitare c’est puissant, ça chauffe tout le groupe. En plus ça permet de se différencier, d’attirer un public plus large.

9°) Question musique : quels albums/artistes t’ont marqué récement ?
Alors ya Gregory Isaacs depuis quelques jours. Sinon les "beat konducta" de Madlib, le Wu Tang toujours, la screed connexion, Casey. Je suis aussi à fond en ce moment dans le délire sound system jamaïcain. Puis il me faut ma dose de blues aussi, Robert Jonhson en ce moment. Pour finir j’ai vu Radio Bemba à Bordeaux le 3 juin, un autre monde !

10°) C’est la fin de l’interview, merci d’avoir pris le temps de répondre
à ces questions. Comme j’ai cru comprendre que tu avais des choses à dire, cette dernière question est un champ d’expression libre, si tu as quelque chose à dire en particulier aux lecteurs, un message à faire passer, lache toi.

Bhen j’vais dire qu’il ne faut rien lacher, qu’ils ne faut pas hésiter à faire des choix, que si on a un truc à dire, à faire, si on a quelque chose sur le coeur il faut oser et aller de l’avant même si on a l’impression d’avoir une montagne en face de soi. Je n’aime pas avoir des regrets ! En plus franchement on n’a rien à perdre, utilisons le présent pour lutter, creer et profiter. Et je finirai par : je veux de l’air !

Bonne route à toi et à bientot.


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Directeur de publication : Daniel B.